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19.08.2015

Des spécialistes se positionnent en faveur du dépistage prénatal du CMV

La rédaction de www.edp-biologie.fr

 

En juin, un père dénonçait sur Facebook l’absence de dépistage prénatal du CMV en France, soulevant une vague d’émotion au rappel du décès de son nourrisson en 2010 à l’âge de cinq semaines. Il espérait ainsi relancer, à l’occasion du mois de la sensibilisation à cette infection, le débat sur la question dans la sphère médicale. Pari réussi après la publication d’une tribune de spécialistes dans Le Monde en faveur d’un tel dépistage.

 

Le 20 juillet dernier, Marianne Leruez, médecin virologue, responsable du centre national de référence CMV associé à Necker, Jean-François Magny, chef du service de néonatalogie de Necker, responsable de la cohorte des enfants infectés par le cytomégalovirus, et Yves Ville, chef de service de la maternité et coordonnateur du centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal de Necker et principal investigateur de l’étude CYMEVAL (traitement in utero de l’infection au CMV), réagissaient en effet par la co-signature dans Le Monde avec Anne Hélène Labissy, présidente de l’association Chanter Marcher Vivre, d’une tribune très clairement favorable à la mise en place d’un programme de dépistage chez les femmes à risque.

 

Pour rappel, la contamination par le cytomégalovirus a principalement lieu lors de la petite enfance et à l'adolescence. Environ 50% des adultes sont porteurs, le plus souvent asymptomatiques. En revanche, la primo-infection d'une femme enceinte au CMV peut avoir de lourdes conséquences sur le fœtus. « Le CMV est la principale cause d’infection congénitale qui touche 0,3 % des naissances en France, et qui peut affecter plus ou moins sévèrement le développement du fœtus et de l’enfant infectés dans 15 % des cas », écrivent les auteurs de la tribune dans Le Monde. Ils dénoncent la position des médecins, encore trop souvent « un mélange d’ignorance et d’embarras, principalement en raison des dilemmes soulevés par le diagnostic et la gestion de ces cas avant la naissance ».

 

Cibler les femmes à risque

Pour les auteurs, les arguments avancés contre le dépistage prénatal du CMV, à savoir la génération d’un stress injustifié pour la plupart des grossesses et l’absence de traitement efficace, ne sont plus justifiées.

 

La maladie est assez fréquente, une primo-infection pendant la grossesse survient dans 1% de toutes les grossesses, heureusement le plus souvent sans aucun symptôme. Les femmes les plus exposées sont les mères d’un jeune enfant qui s’infecte en crèche ou en maternelle, ou les femmes travaillant dans ces milieux professionnels.

 

Les auteurs préconisent l’identification en début de grossesse d’un groupe à haut risque, les 50% de femmes séronégatives, par une sérologie à moindre coût et la proposition à ces femmes d’entrer dans un programme de dépistage, en association bien entendu avec une information complète sur les mesures de prévention, -éviter le contact avec les sécrétions nasales, bave, larmes ou urine des enfants en bas âge infectés, ce qui diminue jusqu’à quatre fois le risque de transmission du virus au fœtus.

 

Traitement in utero

Le diagnostic chez les femmes à risque peut être fait par amniocentèse, il est fiable comparativement au risque de cet examen, alors que l’échographie prénatale ne permet un diagnostic que dans 50% des cas si l’infection n’est pas connue. Une approche multidisciplinaire permet de préciser le degré d’’infection avant la naissance. Plusieurs options sont alors proposées : les femmes peuvent demander une interruption volontaire de grossesse dans les cas les plus sévères, pour les formes les moins sévères l’étude CYMEVAL menée à Necker depuis deux ans dans le cadre d’un protocole hospitalier de recherche clinique a montré que le traitement par Valaciclovir administré à la femme enceinte permet la naissance d’un enfant sain dans 80% des cas.

 

Les nouveau-nés infectés bénéficient d’un suivi pour s’assurer de leur développement normal voire de la prise en charge adaptée en cas de déficit auditif.

 

Stress injustifié

Les auteurs rappellent qu’un dépistage sauvage sans aucun contrôle existe et balaient l’argument du stress injustifié. « Nous ne comprenons pas pourquoi aujourd’hui parler du CMV pourrait induire un stress injustifié pour les femmes enceintes qui sont déjà amenées à gérer l’information sur de nombreux autres risques potentiels pour leur fœtus tels que la toxoplasmose, la listériose ou la trisomie 21 », écrivent-ils. Selon eux, la force du dépistage repose sur l’existence d’un test sérologique simple en début de grossesse pour l’identification d’un groupe à risque rendant toutes les études médico-économiques réalisées à ce jour favorables au dépistage organisé.

 

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/07/20/pour-le-depistage-prenatal-universel-du-cytomegalovirus_4691404_1650684.html